Les Presses de l’Université de Montréal
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Collection > Volume 1 Numéro 1 (1990) >

Éditorial

Jean-Jacques Nattiez

Pourquoi une nouvelle revue consacrée à la musique de notre temps?

Au moment où nous abordons la dernière décennie du siècle et du millénaire, jamais la situation de la musique contemporaine n’a été plus éclatée, hétérogène, peut-être même confuse. À l’heure de la circulation mondiale des œuvres et des courants d’idées, n’est-il pas temps de revenir à d’authentiques débats esthétiques, et de favoriser la confrontation des informations, des prises de position, des points de vue?

Cette «revue nord-américaine de musique du XXe siècle» est créée à l’initiative du Nouvel Ensemble Moderne, fondé en janvier 1989 à Montréal par Lorraine Vaillancourt. Cette formation, en résidence à la Faculté de musique de l’Université de Montréal, s’est donné comme objectif, à la fois de jouer et rejouer les grands classiques du XXe siècle, et de faire connaître les œuvres des nouvelles générations, notamment du Québec.

Cette intense activité n’est qu’une des manifestations du formidable développement musical que connaît ce coin de Presqu’Amérique. II y a désormais une spécificité de la musique québécoise. C’est pourquoi nous croyons qu’il y a place aujourd’hui, dans le concert des revues musicales francophones, pour une publication qui agrandira le CIRCUIT des discussions, voire des polémiques, entre l’Europe et notre continent, mais qui se proposera aussi de faire connaître le point de vue des francophones d’Amérique du Nord, sur toutes les formes de musique d’aujourd’hui, au Québec et ailleurs. Une revue de réflexion, donc, ouverte à toutes les formes de la pensée contemporaine sur la musique: débats esthétiques, témoignages de compositeurs et d’interprètes, publication de documents inédits, recherches musicologiques. Les numéros seront thématiques, mais nous sommes ouverts à toutes les suggestions, à toutes les initiatives, quelle qu’en soit l’origine, du moment qu’elles contribuent à éclairer les problèmes de la musique de notre siècle et les enjeux de la création musicale contemporaine.

Nous ne masquerons pas nos préférences, mais nous n’exclurons personne. Nous n’aurons d’autre exigence que la qualité et l’authenticité de l’engagement.

Chaque numéro de CIRCUIT comportera au moins deux volets:

  • un dossier sur un problème esthétique, un courant ou une figure importante de la création musicale;
  • un ensemble de rubriques sur l’actualité musicale au Québec et en Amérique du Nord.

Ce premier numéro se veut d’emblée l’illustration de nos objectifs.

POSTMODERNISME. En janvier 1990, le réseau FM de Radio-Canada diffusait un important dossier sur la question du postmodernisme musical. Les propos de compositeurs, de philosophes, de musicologues réunis autour du micro de Colette Mersy nous ont paru suffisamment importants et éclairants pour mériter de survivre au caractère éphémère des émissions de radio. Nous y avons vu aussi l’occasion de faire rebondir le débat. C’est pourquoi nous avons demandé à deux compositeurs du Québec, Francis Dhomont et Michel Gonneville, de se situer par rapport aux traits qui semblent caractéristiques de notre époque désormais qualifiée de postmoderne. Deux contributions européennes viennent prolonger le dossier: Célestin Deliège se prononce sur les enjeux du courant que l’on qualifie de «nouvelle complexité» (En musique comme ailleurs, serions-nous déjà dans le postpostmodernisme?!). Et puisque la plus jeune génération des compositeurs n’a pas vécu l’époque de Darmstadt, et à un moment de l’histoire où on commence, dans la réflexion comme dans les concerts, à dresser le bilan de la création musicale des grands maîtres du XXe siècle, nous avons demandé à Jean Molino de définir pour nous ce que l’on peut entendre par «classique musical» à l’âge postmoderne.

RUBRIQUE. Puisque ce premier numéro paraît à l’aube d’une nouvelle décennie, nous consacrons la section «Rubrique» à un bilan des dix dernières années de la musique au Québec: Sophie Galaise et Johanne Rivest dressent le portrait de la création musicale d’ici et de ses problèmes.

Nous ne croyons pas que la création musicale soit indépendante des autres manifestations artistiques. En 1989, les Événements du Neuf, une association montréalaise qui s’est consacrée pendant plus de dix ans, comme son nom l’indique, à faire connaître les compositions les plus récentes, avait commandé à Lorraine Bénic une série de stèles destinée à accompagner un festival consacré au thème de la mort et de la musique. Ce sont ces oeuvres que nous présentons ici. Chaque numéro fera connaître, en contrepoint, par le biais d’une iconographie spécifique, le travail d’artistes québécois.

Nos prochaines livraisons? Le No. 2 sera consacré aux écrits de Claude Vivier et nous publierons une série de témoignages sur le festival «Montréal Musiques Actuelles», exposant les diverses tendances des musiques américaines durant dix jours en novembre 1990. La tournée canadienne de Pierre Boulez ne restera pas sans écho. Et peut-être avons-nous des choses à dire sur Kagel et Stockhausen. En préparation également: un dossier sur la musique électroacoustique, particulièrement active au Québec. Nous avons aussi envie d’écrire sur George Crumb et Elliott Carter, sur l’étonnant Media Laboratory du MIT et les nouvelles technologies, sur ce qui se passe à New York, en Californie, sur l’interprétation de la musique actuelle… Le CIRCUIT est lancé.

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