Mieux connue pour son travail de sculpteure, Anne Kahane a aussi exploré de façon soutenue les possibilités de la gravure sur bois. Les cinq gravures que nous reproduisons dans ces pages sont datées des années 1970 et appartiennent à l’unique série conçue en noir et blanc par l’artiste. À la base de cette série, des formes prédéterminées se frôlent et se superposent pour créer des configurations qui semblent le fruit de gestes spontanés. La récurrence de certaines de ces formes établit un premier niveau de dialogue, entre les gravures, tout en contribuant à la cohérence de la série. Par ailleurs, dans chaque configuration se développe un second niveau de dialogue à travers le jeu raffiné de la perception : celle des formes elles- mêmes, clairement découpées; celle des masses d’un noir plus ou moins opaque obtenues par la superposition calculée de ces formes; celle, enfin, de la texture du bois qui transparaît de façon irrégulière, au gré des diverses intensités de noir et de gris. Ici et là, quelques «accrocs» de blanc travaillent la surface, rappelant les contraintes inhérentes à la gravure sur bois. Ainsi, entre la méticuleuse disposition des volumes et la part d’imprévisible liée à l’application successive des couches d’encre surgissent des rapports visuels dynamiques et rythmés. Dans la tension maîtrisée de cet espace se révèle la force et la singularité de la démarche d’Anne Kahane.




